STMicroelectronics, temps de chien sur l'usine de puces

Ceci est un article publié au sein du journal Particule, #17.

Encadré

Introduction

La direction du groupe franco-italien STMicroelectronics a annoncé fin août 2003 la suppression de la totalité des emplois du site du Blosne, à Rennes, au 1er avril 2004. En recentrant ses activités de recherche et développement sur son centre de Crolles, à côté de Grenoble, et en transférant la production des galettes de silicium sur des usines ultra modernes en Asie, l'entreprise condamne le site rennais à la fermeture. Au fil des jours, la tension monte, le dialogue entre la direction et les salariés se dégrade.

Échos de ce conflit, pris à chaud devant l'usine, lors des manifestations devant la Cité judiciaire ou dans les rues de Rennes.

Depuis ce 26 août 2003, confie Carole, « je ne pense qu'à ça, du matin au soir et du soir au matin. Ma vie a changé tout d'un coup. Je n'avais jamais imaginé vivre cela. »

Photo STM

Jacques Bougeard, technicien de production explique : « cela a été très difficile de digérer cette annonce de fermeture du site. Pour ma part, au début, je pensais qu'il allait avoir une autre issue : une partie de la production continuerait, une solution allait émerger. Je n'arrivais pas à m'inscrire dans la lutte car je refusais d'admettre l'évidence. Maintenant, c'est bon, je crois qu'on a tous compris qu'il n'y a pas d'autre issue, il faut se battre tous ensemble. »

Stéphane, responsable d'une équipe de maintenance confirme : « Tout le monde est solidaire. Les ingénieurs et les responsables de secteurs nous disent en général un petit bonjour en passant. Eux non plus ne peuvent admettre l'arrêt de l'usine. Seuls les quelques cadres de direction, les CODIC comme on les appelle, nous servent le discours de la direction et essaient de nous convaincre que la fermeture du site est une bonne chose pour les salariés ! C'est leur boulot. »

À l'entrée sud de l'usine, La Tente sert de quartier général. En attendant la reprise de la production (entre le 20 janvier et le 5 février, la direction a interdit à la quasi-totalité des salariés l'accès à l'usine), c'est là qu'on vient chercher les dernières informations. Sylvie, Stéphane, Carmen et quelques autres commentent la rencontre entre les représentants des salariés et le nouveau responsable des ressources canines et humaines.

« Maintenant la direction ne veut plus de nous dans l'usine, place aux chiens et aux vigiles. Un chien vaut 4 vigiles nous a dit le consultant qui a pris la place du DRH, en arrêt maladie depuis l'épisode de la séquestration. Alors on marche dans la crotte, les chiens aboient toute la nuit, c'est super ! » s'exclame Sylvie.

Photo usine STM

Pourtant, assurent les salariés, les salles de production n'ont subi aucune dégradation lors de la journée mouvementée du 19 janvier, pour l'ouverture du livre IV (premier acte devant le Comité d'Entreprise de la procédure de licenciement), qui s'est terminée par le départ du directeur du site au pas de course, sous la protection rapprochée des boucliers d'une centaine de CRS. Et comme tous les salariés qui n'ont plus jusqu'à nouvel ordre l'autorisation de pénétrer dans l'usine, Jacques Bougeard est amer : « lorsqu'on a retenu le directeur, Jean Pesneau, à la fin de la réunion du CE, il n'y a pas eu de violences et il ne s'est rien passé dans les salles techniques. Tout s'est déroulé dans le bâtiment social, où se trouvent la cantine, les salles de réunion du Comité d'Entreprise ». Lors de ce coup de colère, des salariés ont accroché les combinaisons de travail dans les arbres. Elles flottaient au vent comme les fantômes des « salariés sacrifiés » dont les portraits ornent les grilles de clôture de l'usine. « Il aurait suffi d'amener d'autres combinaisons, et le travail pouvait reprendre. Mais les badgeuses ont été endommagées. Alors la direction a sauté sur l'occasion pour annoncer que la sécurité sur ce site sensible ne pouvait plus être assurée. »

« C'est abusif de la part de la direction, ajoute Sylvie, mais comme nous sommes payés sans travailler, nous n'avons pas à nous plaindre, paraît-il. »

Sylvie Periane a déjà pas mal d'années de boîte. Syndiquée, déléguée du personnel jusqu'à ces derniers mois, elle a déjà connu des réorganisations, des changements d'activité, ou de patron. « Le boulot qui s'en va, ce n'est pas nouveau. On a déjà connu ça avant STM, puis entre 88 et 91. Le départ de la fabrication des micro-boitiers, la fin des contrats pour Dassault, l'arrêt de la production le week-end. Il y a eu ce que la direction de l'époque qualifiait de départs volontaires, et qui était déjà un plan social. Et on a tous des exemples de collègues qui sont parties en 1990 avec la prime (80 000 F), qui n'ont pas retrouvé de boulot, ou qui se démènent maintenant en faisant des ménages. Alors on sait bien qu'il n'y a qu'une seule solution, c'est la poursuite de l'activité du site. Parce que du boulot, il y en a. »

Les dernières propositions de la direction n'ont pas emballé les salariés. « Il y a beaucoup de salariés qui ont de l'ancienneté. On ne travaille pas à la chaîne ici, on n'est pas là pour appuyer sur un bouton » explique Jacques Bougeard. « L'organisation du travail nous donne une certaine autonomie pour réaliser les opérations. Il faut préparer les machines, vérifier le déroulement du process, effectuer les contrôles. Cela, on y est arrivé avec le temps, parce qu'on connaît le boulot. Sur un autre site, ou dans une autre boite, on ne retrouvera pas ça. Ce sera la chaîne, point final. Et puis ici c'est en quelque sorte familial comme ambiance. On n'est pas simplement un numéro de badge. »

La Tente

« Cette tente est un symbole du combat contre le programme de délocalisations industrielles qui est celui du MEDEF aujourd'hui » clamait début janvier Maître Philippe Brun, le charismatique avocat du Comité anti plans sociaux, venu du barreau de Reims. Il a défendu devant le tribunal de grande instance de Rennes la cause de Léanor Levallet, assignée par la direction pour entrave au fonctionnement du Comité d'entreprise dont elle est la secrétaire. Maître Brun souligne que ce qui se passe aujourd'hui à Rennes chez STM, c'est ce qui s'est passé chez Total, chez Michelin, chez LU, chez Alcatel. Que les gouvernements de gauche comme de droite ont laissé les multinationales licencier non pour motif économique, car toutes ces entreprises font des bénéfices, mais sous prétexte de « profitabilité ». Et il rappelle que la justice a donné raison aux travailleurs de chez Michelin, après trois ans de procédure. Que Total a été condamné sept ans après leur licenciement à réintégrer les salariés en leur versant l'intégralité de sept années de salaire, qu'Alcatel a perdu plus de 200 procédures devant les prud'hommes pour contournement de plan social. De quoi donner une lueur d'espoir aux salariés du Blosne. Même si par la suite le juge Yves Mc Kee donnera par deux fois raison à la direction de STM contre la secrétaire du CE.

Photo panneau Boulevard de la Lutte

La tente est occupée 24 heures sur 24. On prend son quart, comme à l'usine. « Et il y a toujours des volontaires, de jour comme de nuit » assure Sylvie. « On s'arrange pour venir avant ou après son service, ou bien ceux de week-end viennent faire un quart en semaine ».

Des documents sont mis à disposition pour qui cherche de l'information : les communiqués de presse annonçant les bilans financiers du groupe STM, les perspectives de développement du marché des semi-conducteurs. L'annonce de l'aide exceptionnelle accordée en 2003 par les pouvoirs publics à STM, Motorola, et Philips pour développer la recherche dans le domaine de la micro électronique : « 542 millions d'euros, la plus grosse subvention publique accordée à un programme de recherche depuis 10 ans » assurent les salariés de STM. Qui ont épinglé la photo de leur PDG, Pasquale Pistorio, tout sourire, serrant la main de Jacques Chirac.

Dessin Garden-party à STM Garden-party à STM

C'est le 18 novembre 2003 que les salariés ont décidé le « blocage » du site, et ont érigé une tente à l'entrée sud du site. L'avenue de Suisse est rebaptisée «{Boulevard de la lutte}. » Le conflit a débordé le cadre de l'entreprise et s'enracine aux frontières entre l'usine et le quartier, le long de la ligne de démarcation entre la vie professionnelle et la vie privée. Pour des raisons tout à la fois stratégiques, pratiques et symboliques, le cœur de la lutte, la tente est plantée là, {mise à la porte}, elle aussi.

Tous ensemble, tous ensemble

C'est la présence de la tente dénoncée par la direction de STM comme entravant la circulation à l'entrée du site qui avait donné lieu à la première joute au Tribunal de Grande Instance de Rennes, dès le 15 décembre 2003. Mais après s'être déplacé sur place constater la situation, le juge Yves Mac Kee n'avait pas suivi la direction de STM et la tente est restée en place.

Depuis, les STMicro sont retournés battre le pavé devant la Cité judiciaire. Pour soutenir Léanor Levallet, la secrétaire du Comité d'Entreprise qui a refusé de convoquer le CE pour qu'il se prononce sur le plan de licenciement. Puis pour accompagner les intérimaires qui tentent de démontrer que STM a recours à l'intérim de façon abusive.

« Vous me suivez ? » La question ponctue toutes les interventions de Jean-Marie Michel, délégué du personnel CFDT. Qui ne tient pas à se retrouver isolé ou marginalisé. Au fil des interventions, « J2M » et les salariés ont pris leurs marques et institué cette sorte de petit rituel. « Vous me suivez ? », la réponse doit être sans ambiguïté. Et le chœur ne manque pas de se faire entendre dès que l'occasion se présente : « Tous ensemble, tous ensemble, ouais. »

L'unité dans l'action, c'est ce que souhaite préserver Jean-Marie Michel. Unité syndicale avec les autres centrales d'une part : si la CFDT est majoritaire parmi le personnel de l'usine du Blosne, c'est la CFTC qui est venue témoigner de l'action entreprise avec le Comité anti-plans sociaux pour contrer les licenciements aux usines LU. Et c'est la CGT qui a pris en charge le dossier des intérimaires, qui étaient jusqu'à 160 à travailler simultanément dans l'usine du Blosne en 2003. Unité d'action entre les salariés aussi, syndiqués, non syndiqués, réunis au sein du « Comité de crise » qui décide au jour le jour des actions à entreprendre.

Le dossier des intérimaires, nouvelle bataille juridique

Sur le site du Blosne, STM a eu recours à l'intérim de façon massive et quasi permanente. Comme sur la plupart des sites de production industrielle, les travailleurs intérimaires viennent compléter l'effectif de l'usine sans bénéficier des avantages accordés par les conventions collectives aux salariés en contrat à durée indéterminée avec la société. Et dans le cas de STM, ces salariés disparaissent de l'effectif de l'usine lors de la présentation du plan social accompagnant la fermeture du site.

Photo pendu

La section syndicale Intérim de la CGT35 par la voix de son permanent Yannick Poulain conteste depuis quelques mois le recours systématique à l'intérim pratiqué par plusieurs des plus gros employeurs du bassin rennais. Il a déjà obtenu gain de cause contre Mitsubishi : en 2003, à Etrelles la firme japonaise a été contrainte par la justice à requalifier en contrats à durée indéterminée 95 contrats d'intérimaires. Si le même verdict sanctionne le recours à l'intérim sur le site de production de STM, c'est toute la procédure de licenciement qui est à reprendre à zéro. Le tribunal se prononce le 6 mars sur ce dossier. Une décision lourde de conséquence pour les 37 intérimaires qui ont assigné en justice leurs employeurs Gerinter (société d'intérim) et STM. Lourde de conséquences aussi pour tous les salariés de STM qui comptent sur cette décision pour entraver le déroulement du plan social.

Du soutien passif à la solidarité active

Devant l'entrée sud de l'usine, il flotte de temps en temps une odeur de saucisse grillée. « Boulevard de la lutte », (nom de l'association qui regroupe les salariés de STM et les sympathisants à leur cause) n'est pas encore devenue au Blosne la crêperie à la mode mais les STMicro ont déjà écoulé pas mal de galettes saucisses et de verres de cidres.

« Les gens qui passent sont avec nous » assure Jacques Bougeard. « Notre opposition à la délocalisation de la production, elle est légitime. Ce n'est pas comme une boîte en difficulté, qui ne peut maintenir ses emplois parce qu'il n'y a plus de commandes. Là il s'agit d'une boîte qui marche, qui fait des bénéfices, touche des subventions. Il n'est pas normal qu'elle puisse licencier comme çà. Tout le monde est d'accord avec ça ».

Photo STM

À chacune de leurs sorties, les STMicro se sentent plutôt soutenus par la population rennaise. Au stade route de Lorient, lors du match Rennes Sochaux, leur arrivée a quand même suscité un peu d'inquiétude. « Ils ne s'attendaient pas à nous voir débouler à une trentaine avec nos combinaisons blanches. Je crois qu'ils ont eu un moment de panique à l'entrée, ils ont cru à une opération de décontamination  » se souvient un des manifestants-spectateurs. Est-ce François Pinault qui a manifesté par cette invitation son soutien aux travailleurs en lutte contre la délocalisation ? « Non, je ne pense pas. Je crois que ce sont des places disponibles que Rennes Métropole a pu nous obtenir » précise Jacques. Et la conclusion laconique tombe : « C'est gentil de nous inviter au stade, surtout quand Rennes gagne. Mais bon, c'est pas ça qui va beaucoup nous avancer. »

Les soutiens, les mots de réconfort, ce n'est pas ce qui a manqué aux STMicro depuis le mois d'août 2003. De Nicole Fontaine, ministre de l'Industrie, à Edmond Hervé, en passant par Noël Mamère ou Olivier Besancenot, les responsables politiques de tous horizons ont souhaité qu'une solution soit trouvée pour préserver les emplois. Mais rien de concret n'est venu infléchir à ce jour la décision du groupe franco italien de mettre fin à la production de l'usine du Blosne.

Alors le bras de fer continue. La direction poursuit le déroulement de la procédure de fermeture de l'usine, même si elle a été contrainte à repousser cette fermeture au 17 avril, pour respecter les délais imposés par la loi. Un sursis mis à profit par les syndicats pour tenter d'élargir le soutien à la cause des salariés. Les STMicro restent mobilisés, et de jour comme de nuit, ils entretiennent la flamme, devant la Tente, Boulevard de la lutte. Et ils sont encore dans la rue le 28 février, pour montrer qu'ils restent déterminés à ne pas disparaître du paysage rennais.

Prolongement du boulevard de la lutte

Dans cette partie de bras de fer qui les oppose, salariés et direction de l'entreprise restent sur leurs positions, inconciliables. Et l'on assiste au déroulement d'un conflit qui semble aller vers un dénouement sans surprises. « Cette décision (la fermeture d'une usine) fait partie de la vie normale d'une entreprise industrielle  » commente sobrement Francis Mer, Ministre de l'Economie et des Finances, lors de sa venue à Rennes à l'automne 2003.

Pour les salariés et leurs représentants syndicaux, la stratégie adoptée dans ce conflit restera défensive. Il faut maintenir le plus longtemps possible l'activité de l'usine du Blosne, par le biais de procédures judiciaires, de pressions politiques, de mobilisations solidaires. Il faut continuer à produire des puces électroniques, car c'est un marché rentable et en pleine expansion, qui assure la sauvegarde de leurs emplois.

Pour la direction de STM, la décision est prise : l'usine du Blosne, enclavée dans le quartier, ne peut s'agrandir, et n'a pas d'avenir en tant que site de production. Et même pas question d'envisager de migrer sur un site proche plus adapté. Patrice Chastagner, président de STM France l'a très clairement énoncé, dans une interview publiée par Ouest-France le 24 janvier 2004. Pour lui, l'attractivité de la France est en cause : « un euro fort est problématique pour l'exportation, il faut revoir les 35 heures et développer la flexibilité. »

À un moment où la désindustrialisation de la France est un sujet très en vogue dans la classe politique, les prises de position sur le conflit rennais ont été très nombreuses. La réunion du Conseil Général d'Ile et Vilaine le 18 février a été l'occasion d'un affrontement entre la droite et la gauche à propos du soutien à apporter aux travailleurs de STM. Et le vœu adopté par l'assemblée, sous les apparences d'une expression de compassion envers les « victimes » de conflit, ne peut que conforter la direction de l'entreprise dans son intransigeance.

Mais au-delà de l'expression du soutien aux salariés privés d'emploi, la position des organisations politiques est caractérisée par l'absence de l'affirmation d'alternatives, le manque total de vision pour l'avenir industriel du bassin d'emploi rennais. Et à gauche, personne ne se risque à parler de l'appropriation de l'outil de travail ou de la maîtrise des citoyens sur le modèle de développement industriel :

  • Pierrick Massiot dans Info Métropole d'octobre 2003 en appelle à la fibre bretonne pour rassembler le plus largement possible sur le thème de la défense de la filière électronique. En oubliant que ce qui a motivé à l'époque la création de l'usine du Blosne, en 1967 n'était pas exactement, pour reprendre ses mots « les atouts de la Bretagne, la qualité exceptionnelle de ses hommes et de ses femmes.  » Le paysan breton d'alors était tout simplement mieux vu par les industriels que la main d'œuvre fortement syndiquée des bassins miniers du Nord et de la sidérurgie de Lorraine. Il était docile, travailleur, et surtout pas communiste.
  • sur le plan de l'écologie, du développement durable, de la réflexion sur le mode de consommation ou de commercialisation, pas question non plus d'avancer des initiatives ou des propositions de la part des écologistes à l'occasion de ce conflit. Les Verts affirment leur soutien aux travailleurs de l'usine, par la bouche de Noël Mamère. Et en appellent eux aussi à l'Etat, actionnaire de STM. Les Verts ont-ils oublié que l'Etat français est actionnaire de STM au travers de AREVA, qui regroupe les industries de la filière nucléaire française ?
  • pour les militants d'ATTAC Rennes, la délocalisation de la production de l'usine du Blosne vers celle, dix fois plus grande, de Singapour est l'illustration parfaite du phénomène de la désindustrialisation qu'ils dénoncent depuis des mois. Clairs sur l'analyse globale des mécanismes économiques et financiers qui conduisent les industriels à développer le chômage en France, ils se montrent bien discrets sur le volet « agir local. »
  • l'équipe municipale de Rennes a elle aussi apporté son soutien aux salariés de STM. Jean Normand, l'élu du quartier, est venu manifester sa solidarité avec les travailleurs et leurs familles. Mais là encore, que penser de l'avenir à long terme du quartier du Blosne ? La présence d'un site de production industrielle en plein cœur de la ville n'est pas la meilleure des situations, et il y a des années que la municipalité en est consciente. Mais dans son quartier comme à l'usine, le citoyen, l'électeur, le travailleur n'est pas associé à la construction de son avenir. Il est tout juste mis au courant, le plus tard possible, quand il est trop tard pour apporter une réelle contribution à un projet.

Photo affiches

Il est encore trop tôt pour risquer un pronostic sur l'issue du conflit et pour mesurer l'impact qu'il a sur la vie du quartier et de la ville. Pour tous les salariés domiciliés Boulevard de la lutte, il restera à coup sûr une épreuve marquante dans leur vie tant personnelle que professionnelle.

Mais d'ores et déjà, par leur obstination à se battre, par la volonté de rester unis et solidaires, les STMicro du Blosne ont réussi à tirer la ville du rêve anesthésiant de la suprématie de la haute technologie bretonne. Et cela tombe bien. Car les questions soulevées par ce conflit sur les choix de développement industriel, de consommation, de répartition du travail sont de première importance. Et elles vont exiger pour les aborder des citoyens rennais bien réveillés.

Dernière minute : tentative de plastiquage de la résistance des salariés

Le souhait exprimé par Jean Pierre Raffarin en septembre dernier, avait à l'époque fait hurler les syndicats : pour aider les entreprises à réussir leurs plans de licenciements, il faudrait contraindre les salariés à accepter un poste dans une entreprise qui recrute, même si ce n'est pas dans le même secteur d'activité, même si ce n'est pas avec un salaire équivalent.

La direction de STM reprend cette idée à son compte en présentant mardi 24 février dernier une convention prévoyant pour ses futurs ex-salariés une priorité à l'embauche dans la société Solutions Plastiques.

Cette entreprise trégorroise de plasturgie est un sous-traitant de PSA Citroën, qui prend en charge la fabrication de pièces de plastiques assemblées sur les chaînes de montage de l'usine Citroën de la Janais. Et compte embaucher jusqu'à 150 personnes, au fil de la croissance des ventes des derniers modèles de Peugeot et Citroën, dans les deux années à venir.

Dessin décollage imminent

La réaction de la CFDT à cette proposition ne s'est pas faite attendre : pour Jean-Marie Michel, représentant des salariés de STM Rennes, l'objectif de l'opération n'est pas comme le laisse entendre la direction d'aider des salariés placés par l'entreprise dans une situation de chômage dramatique à se reconstruire un avenir. La convention présentée par STM consiste à aider avant tout Solutions Plastiques (par le biais d'un prêt à taux préférentiel), et donc indirectement à aider PSA Citroën, à produire ses derniers modèles automobiles aux plus bas coûts. La recette : s'appuyer sur une main d'œuvre transférée de la chaîne de STM aux ateliers de l'entreprise de plasturgie. Inscrite dans la logique de productivité financière, elle vise à abaisser toujours plus le coût du travail, au détriment des travailleurs placés dans des conditions d'embauches de plus en plus précaires.

Mais en lisant l'édition de Ouest-France du 25 février 2004, on peut constater qu'un nouveau front est ouvert dans le conflit STM : celui de la communication. Avec cette « annonce » de 150 postes « offerts » par Solutions Plastiques dans les deux ans à venir, la direction de STM, préserve son aura d'entreprise responsable et citoyenne. Et, tout de suite reprise tant par Ouest-France que par Jean-Marie Michel, ou Pierrick Massiot, premier adjoint du maire de Rennes, c'est l'image des salariés « laissés sur le carreau » qui a fait mouche.

Pierre Lagnion

Photos : Arthur Poutignat et Pierre Lagnion

Dessins : Sandrine Lehagre et Arthur Poutignat

particule/archives/17/stmicroelectronics_temps_de_chien_sur_l_usine_de_puces.txt · Dernière modification: 2008/09/07 23:48 par admin
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