Ceci est un article publié au sein du journal Particule, #2.

Bio mode ? Non, bio-logique !

À Rennes, comme ailleurs, la demande et la distribution en produits « sûrs et sains » s'est accrue considérablement depuis un an… Attention aux « contrefaçons ». Biologique, c'est produire, vendre et vivre selon un idéal… Tout le contraire de la logique de la grande distribution.

On nous gave d'informations sur des « affaires de l'alimentaire » (Vache folle, OGM, poulet à la dioxine…). Merci au médias pour cet effet boule de neige. La demande et la distribution de produits biologiques ont augmenté. Le constat est le même aussi bien chez les distributeurs tels que les magasins diététiques rennais que pour les grandes surfaces. Pour les premiers, en plus des habitués, une nouvelle clientèle est venue conforter leurs activités. C'est le cas de Jardin et Santé, petite épicerie de quartier qui propose, entre autres produits biologiques, des légumes de la région nantaise ou bien Les Tournesols, boutique diététique vendant depuis un an des légumes AB (voir encadré).

Pour les grandes surfaces, on voit apparaître des gammes de produits tout nouveau tout « bio ». Le nombre de ces références a doublé en moins de trois ans. Au supermarché du centre commercial Colombier, par exemple, c'est maintenant toute une armoire réfrigérée mise en place pour les produits maraîchers AB et une autre pour les produits laitiers. Autre nouveauté dans cette grande surface de luxe : les biscuits et céréales biologiques ne sont plus rayonnés avec les produits diététiques. On trouve aussi dans tous les rayons quelques références ayant le label AB et mises en valeur, qui côtoient le reste des marchandises. L'hypermarché joue la carte de la traçabilité et l'on voit apparaître moult labels de qualité, plus ou moins bidons, ainsi qu'une gamme plus étoffée de produits biologiques.

Mais la grande distribution se contrefout de ce qu'elle vend. Elle doit être capable de produire ce que le consommateur veut. Et tant mieux pour elle si ce dernier plébiscite du bio. Primo, ça rapporte, secundo, ça lui permet de redorer son image. Pouvoir vendre du produit « sûr et sain » est une aubaine. Plus de super-hyper-bio donc. Mais à quel prix. Des petits producteurs s'y sont frottés et y ont laissé des plumes. Les distributeurs (alias supermarchés) ne se gênent pas pour rompre des contrats lorsque les agriculteurs ne respectent pas leurs engagements, flexibilité oblige. Or les contraintes liées à ces contrats sont telles qu'il est très difficile pour le petit producteur d'y satisfaire. Les fermes bio sont souvent des petites unités de production où beaucoup d'aléas peuvent remettre en cause le rendement. Certains pas assez gros, ni assez compétitifs, ont dû mettre la clef sous la porte. D'autres, mieux pourvu, ont toujours quelques subventions à se mettre sous la dent.

Et heureusement pour elle, la grande distribution peut se reposer sur des gros producteurs qui se prennent à penser écolo en reluquant les bénéfices à venir.

Ces nouveaux venus dans le bio reconvertissent une partie de leur exploitation intensive (exploitation est d'ailleurs un mot banni des « bio puristes ») lorsque les cours se cassent la gueule. Un exemple, il y a trois ans, dans les Côtes d'Armor. Le cours du porc a chuté en dessous des 3 francs au kilo, au même moment, le porc biologique se vendait 18 francs le kilo… Et oui tout n'est pas rose dans l'univers du bio mais que voulez-vous, confronter un univers déshumanisé de ces temples de la consommation avec la volonté de mieux vivre de beaucoup des agrobiologistes n'est pas sans problèmes. Enfin, il faut rappeler que la grande distibution et sa logique productiviste sont liées à la malbouffe : farines animales, volailles nourries aux résidus de boues de station d'épuration, formes de culture et d'élevage intensif à outrance en sont les conséquences normales. Tout juste opportuniste, la grande distribution n'est définitivement pas « bio ».

Illustration différences grandes surfaces - exploitation / marché - ferme

En marge de ces distributeurs « classiques » existent à Rennes des commerces où tout est bio. Comme le supermarché Azur Bio ou les coopératives biologiques. Des motivations ou objectifs actuels des Biocoops, il ne reste plus grand chose de ce qu'on appelait une coopérative au sens propre du terme, c'est à dire des achats groupés et des produits redistribués entre chaque membre. Comme pour la diffusion des légumes bio d'EPI, (Entreprise pour l'Insertion), basée à Pacé. Il n'en reste pas moins que l'organisation des deux Biocoops rennaises (et du restaurant qui y est rattaché), est pour le moins originale et efficace. Un fonctionnement associatif, un collège de trois personnes responsables chacune d'elle des structures et un contrôle accru de la qualité des produits estampillés Biocoop. Résumé succinct d'une affaire qui marche.

Tout irait bien dans le meilleur des mondes ? Mais fallait-il attendre une grosse trouillante pour se soucier du contenu de nos assiettes ? Bien sûr, le budget alimentaire d'une famille en France a été divisée par deux en 50 ans, la part destinée aux loisirs et aux biens a augmenté dans les mêmes proportions. Steiner, cet illuminé, considérait le contenu de la marmite comme un indicateur de la civilisation dans laquelle on vit. Il n'avait peut-être pas tort. Consomm'acteur prend tout son sens dans ce contexte.

A-t-on entendu parler de ces marginaux qui, en dépit d'une concurrence européenne (voire mondiale) acharnée, ont décidé, il y a 20 ans, de faire une agriculture respectueuse de son support, l'environnement ? Ils visent un idéal et en assument les conséquences. Un exemple qui ne paie pas : J. M. Hamard, maraîcher à Surzur, Morbihan, depuis une vingtaine d'années : aucune subvention et un revenu moyen de 2 500 F. Quand on aime (la Terre), on ne compte pas…Tout de même, c'est dur d'être écolo. Si certains s'en sortent, et même plutôt bien, c'est grâce à leur force de travail. Car les subventions, quasi inexistantes, finissent souvent dans la caisse des mieux lotis.

Bravo aux « pecnos-bio ». Allez donc les rencontrer sur votre marché de quartier (voir encadré). Dans la plupart des cas, l'argument de prix clamé par les plus grincheux ne tient pas. Par exemple, le pain complet bio de 1 kilo vaut 22 francs ; une baguette en boulangerie entre 19 et 21 francs le kilo… Évidemment, le prix de revient étant plus élevé, votre panier de légumes, pain, laitage, etc. sera un tantinet plus cher avec du bio qu'avec des produits conventionnels. Seulement les qualités nutritionnelles et gustatives ne sont pas les mêmes. En outre, le libre arbitre du consommateur peut faire pencher la balance. Je parle du choix de mode alimentaire. Priorité aux produits de base, oubliez les plats préparés, apprenez à vous passer de votre steak quotidien. Bien manger, c'est aussi réapprendre à se faire à manger, bref à vivre.

Émilie Gaudin et Sylvain Guérant

Encadré : « Biologique, qu'est ce à dire ? »

D'abord le label Agriculture Biologique, (AB) : il identifie les produits issus, (ou à base de produits issus), à 95 % de l'agriculture biologique. Trois organismes sont habilités à contrôler le respect du cahier des charges et à attribuer ce label.

En résumé, il ne s'agit pas que d'une absence d'engrais chimique, comme le laisse présager le futur cahier des charges harmonisé européen. Entre en compte également le respect des saisons, le maintien de la biodiversité et des variétés locales, la rotation des cultures avec utilisation de compost et d'engrais verts, (plantes qu'on sème entre deux cultures pour améliorer la fertilité du sol.) etc.

Cette approche de l'agriculture se veut alternative. A la désertification des campagnes, les « agrobios » opposent souvent une agriculture à visage humain, de taille humaine. Et surtout ils produisent de bons produits. Que ceux qui ne croient pas goûtent une tomate bio -pas en hiver bien sûr, et qu'ils comparent avec une tomate issue de culture intensive.

D'ailleurs, voici un tuyau pour acheter à prix très abordable des produits biologiques très frais et surtout pour rencontrer les producteurs ; on trouve des étals bio sur les marchés de :

  • Maurepas, le mardi matin.
  • Sainte Thérèse, le mercredi matin.
  • Jeanne d'Arc, le jeudi matin.
  • Les Lices, le samedi matin.
particule/archives/2/bio-mode_non_bio-logique.txt · Dernière modification: 2008/10/16 23:26 par arnaud
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