Ceci est un article publié au sein du journal Particule, #2.

C'est quoi, une alternative ?

Compte-rendu de l'atelier du Forum social local « pratiques alternatives à Rennes »

Les participants avaient tous une expérience de quelque chose qui leur semblait « alternatif » : la participation à un Système d'Echange Local (SEL), l'économie solidaire, le militantisme politique écolo, la participation à une association de solidarité internationale… La réflexion est partie de la présentation par Yannick Ogor de la quête politique que son association, ASPAARI1), mène pour l'autonomie de ses membres.

Alternative = autonomie + solidarité + responsabilité.

Pour beaucoup, les premières pierres de la construction d'une alternative sont les principes de responsabilité et de solidarité : l'individu doit prendre en compte l'effet de ses actes comme producteur et comme consommateur sur la vie des autres humains, et ne pas participer aux mécanismes économiques et politiques qui créent la domination et l'exploitation. Pour cela, l'individu doit rechercher son autonomie, c'est-à-dire le droit et la capacité de déterminer librement les règles auxquelles il se soumet, tout en participant à une œuvre collective.

Illustration Oui et bien moi je pense qu'il ne faut pas rester le cul sur sa chaise

Beaucoup d'institutions, dont l'entreprise, l'État, et même l'école, sont, à des degrés divers, des « appareils » contraignants qui écrasent l'individu, éloignent le pouvoir du citoyen et soumettent l'individu à une dépendance économique et politique. De même les œuvres charitables, l'assistanat et le bénévolat ont été condamnés par plusieurs, car ils vont dans le sens de la mise sous dépendance des individus ou servent à « réguler » un système qui produit cette dépendance.

Jusqu'à quel point un individu peut accepter une contradiction entre son mode de vie, son activité professionnelle et ses valeurs morales ?

Le salariat, en tant que « contrat de subordination », va-t-il contre toute autonomie ? Ou peut-on se contenter d'un travail n'étant pas radicalement incompatible avec ses valeurs ? Doit-on refuser de se culpabiliser et essayer de faire ce que l'on peut depuis sa place dans la société en s'investissant dans des lieux démocratiques ?

Quelles pratiques sont-elles donc vraiment alternatives ? Selon Yannick Ogor, il ne faut pas se contenter des « fausses alternatives » qui ne s'attaquent qu'aux symptômes et pas aux causes. C'est, par exemple, promouvoir une agriculture bio pour protéger la santé du consommateur tout en continuant à envisager cette agriculture bio dans un modèle productiviste et exportateur.

  • Les causes de la dépendance dont souffre l'individu sont-elles dans la spécialisation du travail et du savoir (le fait qu'un ouvrier, qu'un astrophysicien ou qu'un commercial ne sache qu'une toute petite partie du savoir commun, ce qui rend chacun dépendant des autres. Chacun est éloigné et donc déresponsabilisé des conséquences de sa participation au système de production. Par exemple, je travaille à la chaîne à Citroën, le soir j'achète le steak de bœuf le moins cher possible, je m'inquiète en entendant aux informations que l'épidémie d'ESB se propage et que le réchauffement climatique produira quelques catastrophes humaines) ? Sont-elles dans les formes de travail (spécialisées et parcellisées) et de hiérarchie sociale imputables à la révolution industrielle et au capitalisme ? Et auquel cas une véritable alternative s'inspirera des modes de vie pré-industriels. Une association comme ASPAARI travaille dans ce sens (cf. l'article sur RELIER).
  • Ou alors, c'est à notre niveau actuel de « développement » et sans remettre profondément en cause notre « système de besoins » que l'on doit imaginer une alternative : tout le monde ne peut aller vivre en communautés villageoises, et la division sociale du travail induite par l'industrialisation « de masse » a du bon. Ce système ne serait finalement condamnable que dans ses abus et il faut donc être capable de penser des alternatives au sein même du tissu urbain et industriel.

Amonah Achi

1) Association de Soutien aux Projets et Activités Agricoles Rurales Innovantes
particule/archives/2/c_est_quoi_une_alternative.txt · Dernière modification: 2008/10/16 23:33 par arnaud
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