Ceci est un article publié au sein du journal Particule, #2.

Rennes entre en résistance

Depuis le 3 mars le Festival des Résistances et des Alternatives est de retour à Rennes. Sur fond d'élections municipales et au moyen de conférences, de projections de films et de reportages, d'expositions, de spectacles de salle et de rue, d'occupations de lieux et d'appropriations d'espaces publics, les organisateurs du festival entendent montrer que « la participation politique existe en dehors des élections ». Une idée partagée par Particule, dont plusieurs membres les ont rejoints.

Festival des Résistances et des Alternatives Rennes

De la politique autrement.

Millau en juillet, le contre-sommet de Nice en décembre, l'air de la « politique autrement » commence à souffler en France. Si la couverture médiatique des ces événements, certes souvent biaisée1), leur a donné une large visibilité, il existe aussi au quotidien des associations et des individus revendiquant cette volonté nouvelle de participation directe aux questions et aux débats majeurs.

Questions d'environnement, de justice sociale, la politique ne semble plus vouloir se faire par la seule délégation de mandats représentatifs ou dans les arrières salles d'institutions qui, sans être fermées à toute évolution, demeurent trop souvent bien loin du véritable débat démocratique. De-ci de-là, de « nouveaux militants » s'organisent pour prendre la parole et la rue, pour ouvrir des espaces de réflexion larges et inclusifs.

Le Festival des Résistances et des Alternatives rassemble depuis le 3 mars à Rennes (mais aussi Paris, Lyon, Saint-Etienne, Dijon…) associations militantes et individus engagés ou sensibles à ces questions. Ils revendiquent cette vision de l'action politique, à la fois associative et alternative.

Un nouvel ingrédient : les alternatives.

Créé et organisé à Rennes en 1999 autour de l'association Le Loch2), le Festival des Résistances est né d'une envie : « ouvrir un débat plus large et associer plus de citoyens » sur des questions de société telles que le chômage, l'environnement ou le droit au logement. Cette résistance « intellectuelle » était doublée de l'utilisation de nouveaux modes d'actions contestataires tels que l'occupation de locaux vides, les « tambouilles populaires » ou bien l'appropriation de la rue par un carnaval festif. Rennommé Festival des Résistances et des Alternatives, il affiche cette année une nouvelle posture, celle des alternatives.

Son organisation s'est aussi dotée d'une charte : « Notre intérêt commun est l'émancipation collective et universelle », « l'avenir des humains est de construire ensemble leur bonheur social, de préserver la terre et non de s'approprier à titre individuel, avoir, pouvoir, savoir3) ». La barre est placée haute.

Du problème de l'eau en Bretagne, à la dénonciation des pratiques sexistes en passant par la solidarité internationale, le terrain de résistance des festivaliers est large. Les organisateurs tenteront de mettre la lumière et d'attirer l'attention des rennais sur des questions de société locale ou internationale dont ils considèrent « qu'elles doivent obtenir une visibilité même pour ceux qui ne sont pas militants ».

Espaces de conférences, soupes populaires mais aussi pièces de théâtre ou appropriation de la rue (voir notre agenda), les organisateurs du festival présentent l'alternative autant comme un mode d'action qu'une accessibilité plus grande des personnes aux informations et aux engagements déjà en marche.

Une vision exigeante de la participation politique.

Cette forme de participation politique apparaît bien exigeante. Est-il possible de demander à tout le monde de s'engager lorsque l'on sait le temps et l'énergie que semble demander ce type d'activité. Les questions des sensibilités, des thèmes d'engagement mais aussi des coïncidences d'entrée dans les réseaux militants restent aussi des interrogations d'arrière fond pour le succès d'une telle entreprise. L'engagement ne coule pas nécessairement de source. Il dépend aussi du hasards de rencontres permettant une première entrée dans le circuit. Une fois lancé, il est plus facile d'investir de nouveaux terrains d'engagement. Les opportunités d'une première expérience restent, elles, plus aléatoires. Toutefois, et c'est peut-être là que se situe une des alternatives les plus pertinentes du festival, ses organisateurs ont souhaité mettre à l'épreuve un type d'organisation à la fois démocratique et évolutif. Les Assemblées Générales hebdomadaires sont ouvertes. Elle s'adressent autant aux individus simplement intéressés par certains thèmes qu'aux militants irréductibles. A l'AG du mardi 20 février, ils étaient encore une cinquantaine (associatifs ou individus de tous horizons) à discuter de propositions d'actions et à affiner les finalités du festival. Cinquante personnes peuvent apparaître comme un « score peu honorable » pour les tenants des organisations rodées. Mais lorsque l'on sait que ce festival s'est recréé sans que son existence soit chose évidente (il n'a pas eu lieu officiellement en 2000) et que les AG ont cours toutes les semaines depuis décembre, il semble que le message soit passé : la diversité des engagements du collectif permet une unification plus large des intérêts. Ces AG se tiennent aussi pendant le festival afin de « permettre aux personnes intéressées de mieux connaître les buts et le fonctionnement du festival », explique un membre du collectif.

« On arrête tout, on réfléchit et c'est pas triste ! »

Reste à savoir si le festival réussira à mobiliser une population plus large que celle des personnes déjà engagées, soit dans son organisation, soit dans différentes associations préexistantes. Mais c'est un peu là aussi le défi du festival. Mettre à l'épreuve ses propres pratiques en les proposant à des publics pas nécessairement convertis.

On attend donc de voir si le souffle du festival sera perceptible et ouvert à Rennes pendant la prochaine quinzaine. Suffira t-il d'écouter le pouls de la rue ? Une chose est sûre il ne faudra pas être allergique à tout ce qui ne montre pas patte blanche et étiquette homologuée.

Virginie Jourdan

1) Focalisation sur la violence, le spectaculaire ou le festif sans analyse profonde sur les motivations des manifestants.
2) Collectif d'associations visant à l'occupation et la création d'un lieu alternatif à Rennes.
3) Extrait de la Charte de l'association des Résistances et des Alternatives.
particule/archives/2/rennes_entre_en_resistance.txt · Dernière modification: 2008/10/17 00:16 par arnaud
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