Ceci est un article publié au sein du journal Particule, #3.

Cafés-concerts cherchent politique culturelle

Rennes, « cité des cafés-concerts » est-elle une image usurpée et dépassée ? Depuis les nouvelles lois, la situation de ces lieux est plus que moribonde. Alors que tous les pouvoirs publics s'accordent à dire que la législation est inadaptée, une véritable politique de soutien des caf'conç' se laisse toujours ardemment attendre.

Tenus de s'aligner selon les nouvelles normes (voir encadré), les patrons en appellent au soutien des administrations. Mais qui veut sauver les cafetiers-limonadiers ? La mairie de Rennes ?

Petit détour. La Ville a déjà manifesté son soutien à d'autres secteurs de la scène musicale rennaise, en baisse de tension passagère comme les Transmusicales et ses musiques actuelles. Au milieu des années 90, certains mettaient en doute le bien fondé du titre de « Rennes, capitale des musiques actuelles » lorsque l'actualité de ce secteur se limitait finalement aux cinq jours du festival. La Ville en quête de légitimité se dote alors d'un poste de « médiateur des musiques actuelles » en 1998, et aide à monter Le Jardin Moderne. Aujourd'hui, 6 millions de francs sont alloués chaque année aux musiques actuelles, dont les deux-tiers pour l'association des Transmusicales. Mais de l'aveu même de la Direction de l'Action Culturelle de la Ville de Rennes, « le soutien aux musiques actuelles a atteint un plafond ». L'appui de la Mairie se tournerait-il alors vers les cafés-concerts ?

Rien n'est moins sûr. En matière de pratiques ou d'événements culturels, la Direction de l'action culturelle de Rennes précise que sa stratégie « n'est pas d'initier mais de soutenir ce qui émerge ». Tandis que plusieurs cafés-concerts ont déjà sombré, les services culturels de la Mairie rappellent que « la Ville est quand même obligée de faire appliquer une législation qu'[elle] n'a pas voté et de jouer le rôle du censeur ». Après inspection des normes de sécurité et de bruit par les services préfectoraux et municipaux, 90 % des bars seraient en état de fermeture administrative. Quinze mois après l'application du décret, cafetiers et acteurs culturels reconnaissent cependant une certaine tolérance de la part de la Ville de Rennes. Un modus vivendi très fragile. L'association Vivre à Rennes-Centre, un groupe de résidents en croisade contre le bruit et l'insécurité nocturne imputés aux bars, veille au grain. Un coup de fil aux autorités de police et les cafetiers-limonadiers n'ont plus qu'à baisser le rideau. On distingue rarement les décibels de la rue Saint-Michel et l'activité des cafés-concerts.

Illustration musicien

Sur un potentiel soutien des cafés-musiques, la position de la Mairie reste, dès lors, quelque peu attentiste malgré une timide aide de 30 000 F consentie à l'association des Bars en Trans, pour l'accueil des artistes dans les bars. Bien qu'elle juge la législation inadaptée, la Ville ne peut soutenir financièrement les cafés-spectacles. Principal argument : « ce sont des lieux privés, qui plus est des débits de boisson ». Et les patrons de bars de dénoncer le « double-jeu » de la municipalité qui accorde une licence IV à l'Ubu et au Jardin moderne, espaces de concerts qu'elle subventionne. Si la Ville de Rennes jugent ses moyens d'actions limités, certains estiment qu'elle pourrait aider un café-concert à s'installer, en facilitant les démarches auprès des administrations concernées. D'autres, à propos de la loi anti-bruit, évoquent l'exemple de Toulouse, qui pour éviter les pics de niveau sonore dans les rues du centre au moment où les bars ferment, a supprimé les horaires légaux de fermeture. La Mairie, entre autres administrations, et cafetiers rennais se dirigeraient plutôt vers la définition d'une charte de bonne conduite et la reconnaissance d'un label « cafés-concerts ». Jours de concert, responsabilisation du public, dialogue avec le voisinage seraient au menu de cette charte. Sur la raison du peu d'entrain de la mairie sur ce dossier, un co-listier d'Edmond Hervé, tendance jeune urbain bien éduqué, s'est pris à expliquer que « la précédente équipe municipale était trop vieille pour s'interesser aux problèmes des cafés-concerts. C'est un problème de génération… »

En attendant que la nouvelle équipe municipale se mette travail, les cafetiers ne cachent pas que la solution relève plus du Département ou de la Région, au titre de leurs prérogatives économiques et sociales, que de la Ville. S'il n'est pas question pour les pouvoirs publics de revenir sur la loi, des efforts d'accompagnement pour la mise aux normes des cafés-concerts sont en cours. La Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) propose un dispositif de formation pour les gérants de cafés souhaitant décrocher la nouvelle licence de spectacles. À terme, promet Anne-Christine Micheult, en charge de la question à la DRAC de Bretagne, « quand les cafés-musiques seront aux normes et lorsqu'un label-qualité cafés-concerts aura été défini et reconnu, un contrat de plan avec la Région débloquera des aides à l'équipement d'un lieu en base son et lumière, jusqu'à 200 000 F ». Une réponse pas forcément adaptée et qui ne résout pas l'impasse juridique actuelle des cafés-concerts. Ces petits cadeaux promis par la Drac sont soumis au préalable à la définition d'une charte et d'un label « cafés-concerts ». Ardemment réclamée par les syndicats de musiciens et associations de cafés-concerts, cette charte et ce label sont au point mort. Pour l'instant, ni la DRAC, ni la Mairie de Rennes ne semblent se préoccuper de leur avancement Leur dernière réunion à ce sujet remonte à octobre.

Pour l'heure, les pouvoirs publics se dirigent donc vers un accompagnement de mise aux normes et la reconnaissance de la spécificité des cafés-concerts dans de futures législations. Pas de plan d'urgence pour les cafés-concerts, ni même de modifications des normes. Les cafetiers broient du noir, d'autres ont déjà sombré, mais « la loi est la loi »…

Jean-Baptiste Koudrine

particule/archives/3/cafes-concerts_cherchent_politique_culturelle.txt · Dernière modification: 2008/11/30 19:05 par arnaud
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